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La victoire des résignés

Ce devait être les insoumis, finalement ce sont les résignés qui ont gagné cette élection. Des résignés qui pensent que c’est en devenant plus performants, plus compétitifs dans le monde actuel que nous pourrons nous en sortir. Des résignés qui espèrent qu’une baisse des impôts et un plan de relance leur permettra de vivre mieux. Des résignés qui préfèrent miser sur les entreprises en leur donnant plus de pouvoir, que sur les hommes, pour avancer dans ce monde. On nous a tellement dit qu’il n’y avait pas d’autre choix possible, qu’on a fini par le croire.

Des résignés qui ont peut-être raison. Oui, la politique que va mener Emmanuel Macron peut réussir, nous permettre de relever la tête, de renouer avec la croissance… Mais pour combien de temps ? Que va-t-on devoir faire la prochaine fois pour rester compétitifs dans la mondialisation, cet épouvantail agité par les neoliberaux tout au long de la campagne ? Aligner nos salaires avec ceux du Mexique ou de la Chine ? Abandonner notre système ?

Je fais partie de ceux qui pensent que nous devons trouver un nouveau modèle, revoir le rôle de l’Etat dans un pays « développé » et dans ce monde en mouvement plutôt que de courir après une compétitivité que nous n’atteindrons jamais. Pour la première fois dans l’histoire nous n’éclairons plus le chemin et c’est cette position que nous devons retrouver.

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Comme c’est triste

Demain nous irons voter pour le premier tour des présidentielles en France. Et c’est plein de tristesse que je donnerai ma voix. C’est un sentiment assez courant depuis que je vote aux présidentielles, mais qui n’a jamais été aussi fort. Un sentiment du avant tout au système de la 5eme république qui met en avant les hommes ou femmes avant les idées, comme ils le disent tous : la présidentielles c’est la rencontre d’un homme ou d’une femme avec les français.

Je pensais, très certainement naïvement, que la surface d’échange et le lien direct entre les candidats, leurs équipes et les électeurs apportés par le web allait permettre d’aller plus loin , de mieux informer sur les programmes et les idées. Aujourd’hui je vois que c’est l’effet inverse qui se produit. Internet et les réseaux sociaux ne font que mettre en exergue, les petites phrases, les slogan, les « punchlines » et autres incantations creuses.

Au final, on va préférer le meilleur tribun, le petit jeune plein d’espoir qui réussit à faire passer la droite modérée pour du socialisme, la marchande de haine sans vraiment se demander ce qu’ils proposent au fond. Pire, les arguments de fond ne semblent avoir aucune prise et renforcer leurs cibles. A ce titre cette contribution sur Slate par exemple est assez intéressante.

De fait, les discours simplistes, voire simplets, mais aussi les plus anciens et répétés, disposent d’une sorte de prime d’adhesion, qui se ressent directement dans les sondages.

Mais tout cela est au final assez normal. Devant un déluge d’informations, souvent contradictoires, provenant de multiples sources, plus ou moins partisanes, dont je fais partie, on ne retiendra que les point saillants, déjà intégrés, on se rattachera au actions, aux symboles, plus qu’aux idées ou aux visions. Bref, on votera pour le paraitre.

Ce qui me frappe le plus, c’est qu’autour de moi, ce sont les plus sceptiques par rapport à cette société de l’information qui se sont laissé prendre, oubliant leurs filtres pour participer joyeusement au grand brouhaha et finir de brouiller les pistes, de casser les repères.

Dans cette élection, plus que jamais, il n’y aura pas eu de place pour les idées, les électeurs semblent toujours plus répondre à la question « qui ?» qu’à la question « pourquoi ? ». C’est la vie.

 

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Macron vs Hamon : Les programmes numériques

Comme vous le savez, ou pas, le numérique est une question qui me tient à cœur tant dans sa dimension de création de valeur, productivité etc., que dans le changement de société qu’il induit. Je vous livre donc ici une comparaison des programmes de Benoît Hamon et Emmanuel Macron basée sur leurs documents de campagne qui sont disponibles ici pour Benoît Hamon  et là pour Emmanuel Macron. Bien entendu, ces « programmes » ne contiennent pas toutes les propositions des candidats mais en représentent les parties les plus diffusées et sont donc censés intégrer leurs priorités.

Qui en parle le plus ?

Notons tout d’abord que le mot numérique est employé 16 fois dans le programme de Benoît Hamon contre 9 fois dans celui d’Emmanuel Macron. Pour autant rapporté au nombre de page des documents on est à peu près sur la même fréquence. Le sujet semble donc avoir une importance assez similaire chez les deux candidats. Ce qui me semble aussi intéressant dans les programmes, c’est que le numérique ne fait pas l’objet d’un chapitre spécifique : preuve que les deux candidats l’intègrent au cœur des programmes, comme un moyen et non comme un « problème à résoudre ».

D’accord sur les points les plus consensuels.

Trois principaux points d’accord dans les programmes. Tout d’abord le développement du très haut débit et la fin des « zones blanches ». Ensuite le développement numérique des administrations. Enfin le renforcement de la cybersécurité. Bon, pas grand-chose de neuf, ces trois engagements font consensus et doivent impérativement se retrouver dans tout programme de candidat sérieux.

Des différences assez marquées.

Pour autant, l’approche reste assez différente sur d’autres problématiques liées directement au numérique.

Emmanuel Macron propose une obligation d’open Data pour certains services de l’Etat. « Les administrations chargées d’autoriser des activités (l’ouverture d’un hôtel, ou l’obtention d’une licence de chauffeur privé, …) devront mettre à disposition leurs données. ». Pour ceux qui ne seraient pas coutumiers de ces problématiques, l’ouverture des données permet à des sociétés privée de les utiliser et de les enrichir afin de proposer des services à leurs clients (la carte des hôtels etc.). Bien souvent, les organismes publics sont réticents à proposer leurs données, par protectionnisme ou tout simplement par manque de budget. Les obliger à le faire c’est donner un véritable coup de pouce à une partie de la nouvelle économie… Mais aussi à Google.

Toujours dans cette idée, Emmanuel Macron propose la création de deux fonds d’investissement, un français directement activable et un européen, plus complexe à monter, pour aider l’innovation. C’est une bonne idée seulement le gouvernement précédent a déjà mis en place ce système, ça s’appelle la BPI (Banque Publique d’Investissement).

De son côté Benoît Hamon propose l’utilisation du numérique pour valoriser les fonds culturels via la mise en ligne des collections patrimoniales. Toujours dans la culture, le candidat souhaite s’attaquer au financement de la création par les acteurs du numérique, une proposition nettement moins anodine que la première.

De plus, il veut être à l’initiative d’un sommet sur la neutralité du Net pour «… garantir la sécurité et la confiance dans le monde numérique. » et notamment sceller des engagements sur l’utilisation des données personnelles. Enfin, Benoît Hamon, souhaite lutter pour la loyauté des algorithmes, une problématique assez complexe sur laquelle planche l’Europe.

Emmanuel Macron rate le plus important

Données personnelles, droit des plateformes, et, surtout en France, financement de la création par les diffuseurs, sont les problématiques structurantes des prochaines années. Elles contiennent à elles seules tous les enjeux du numérique dans le maintien du modèle de création mais surtout des libertés individuelles. Il est assez étonnant de voir que ces problématiques ne sont pas traités, ni même évoquées, dans le programme d’Emmanuel Macron.

Ainsi sur le numérique, force est de constater que les enjeux sont mieux intégrés par Benoît Hamon, qu’Emmanuel Macron ne les compte pas dans ses priorités, qu’il n’est pas ce candidat de la modernité qu’il voudrait incarner. A moins qu’il ne pense que les électeurs ne sont pas à même de comprendre ces problématiques… C’est vrai que la neutralité du Net, c’est moins vendeur que la suppression de la Taxe d’habitation.

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